Entête SFO

Quelques considérations sur le futur de notre défense aérienne

Les victoires de demain se préparent aujourd’hui

Il semble que c’était hier : le peuple nous refusait sa confiance pour l’achat du GRIPEN. Si le chef du Département"de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS), Monsieur Guy Parmelin, semble avoir tiré les leçons de la campagne désastreuse qui a conduit à cette défaite, il n’est pas certain que ce soit le cas de l’ensemble des officiers, tout particulièrement de ceux qui œuvrent en coulisse dans nos associations. Pour comprendre les raisons de ce refus, il faut remonter bien au-delà de mai 2014 : c’est dans la deuxième partie des années 2000 que l’échec prend ses racines.

Tirer les leçons des échecs précédents
Le manque de consensus a jalonné l’ensemble du projet de remplacement de la flotte de TIGER. Les atermoiements des uns quant au nombre d’avions nécessaires, le mécontentement des autres suite à la séance de rattrapage du GRIPEN et les changements de stratégie du Conseil fédéral, oscillant entre urgence d’acquisition et report du projet, ont semé le doute dans l’esprit de nos concitoyens. La sensation diffuse que certains parlementaires se trouvaient sous l’influence de lobbies liés à l’industrie ainsi que les questionnements chimériques sur le mode de financement ont fini par conduire irrémédiablement à un non du peuple dans les urnes. Ce bref récapitulatif devrait nous inciter cette fois-ci à semer dès le début du processus les graines de la victoire au lieu d’opter pour des arguments péremptoires, qui finiront définitivement par clouer au sol les Forces aériennes.

Nous devons dès aujourd’hui nous retrouver sur une base commune, qui nous permettra le moment venu de dé- fendre le projet retenu par le Conseil fédéral, sans avoir à faire des contorsions de gymnastes par rapport à notre positionnement initial. Nous savons que pour défendre le pays, sa population et ses intérêts, l’Armée suisse ne peut être articulée que comme un système global. Cependant, cette même armée doit aussi s’imbriquer dans le projet politique d’ensemble voulu par le Conseil fédéral et le Parlement. En cas de dilemme entre ces deux objectifs – et seulement dans ce cas – le peuple devrait être amené à se prononcer.

Le développement de l’armée (DEVA) ayant été accepté par l’immense majorité des parlementaires fédéraux, il n’est en principe nullement besoin de passer devant le peuple pour acquérir de nouveaux avions de combat, ceci à condition que l’achat puisse être financé par le budget ordinaire et que la doctrine d’emploi des Forces aériennes corresponde au projet du DEVA.

Avant d’analyser les quatre options pro-
posées par le groupe d’experts constitué à la demande du Conseiller fédéral Guy Parmelin, il faut d’abord saluer le fait que l’analyse porte sur la défense aérienne dans son en-
semble, c’est-à-dire en incluant pour la première fois la défense sol-air (DSA). Il est également remarquable que le rapport tienne compte des besoins des autres composantes de l’armée : il énu-
mère en effet les systèmes qui devront être remplacés durant la décennie à venir et prend en considération les options alternatives (drones, hélicoptères de combat, etc.). Le rapport fournit donc toutes les bases nécessaires pour permettre de prendre une décision cohérente.

Les options
L’option 1 représente l’optimum pour la défense aérienne. Elle préconise l’achat d’au moins 50 avions de combat et en-
visage une DSA couvrant l’ensemble du territoire helvétique. Les coûts sont en proportion puisqu’ils pourraient atteindre 18 milliards de francs.

L’option 4 pourrait apparaître de prime à bord comme la variante minimale. Elle préconise l’acquisition de seulement 20 avions pour le rem-
placement des TIGER. Elle ne constitue finalement qu’un échelonnement dans le temps de l’option 1 puisqu’elle prévoit explicitement une seconde tranche d’acquisition pour remplacer le moment venu les FA/18. Le total de la flotte aérienne serait donc toujours de 50 jets, pour un premier achat de 5 milliards de francs avec une DSA renouvelée.

Après une rapide analyse, il apparaît donc que l’option 4 n’est que le projet GRIPEN retoqué et que l’option 1 n’est finançable qu’avec un fonds spécial nécessitant un passage devant le peuple par voie référendaire. Pour toute personne responsable, il ne demeure ainsi que les options 2 et 3 pour un finance-
ment de 9 (avec l’acquisition de 40 avions de combat) respectivement 8,5 milliard de francs (30 avions de combat). La différence entre les variantes réside dans les kilomètres carrés couverts par la DSA.

Ce choix présente l’avantage de fournir aux Forces aériennes un système global comprenant une flotte d’avions de combat entièrement renouvelée et une DSA à longue portée que nous n’avons plus depuis l’abandon des missiles sol-air BLOOHOUND au tournant des années 2000. L’ensemble est finançable sur le budget ordinaire de l’armée, sans remise en cause des capacités opérationnelles des services de renseignements, de la cyberdéfense et des Forces terrestres.

Afin d’être exhaustif dans la présentation des possibilités envisagées par les différents acteurs, il faut également citer les variantes proposées par le Groupe pour une Suisse sans armée (GSSA) et par la Société suisse des officiers (SSO). Le premier groupe d’intérêt propose un achat de 12 jets pour des tâches exclusivement liées à la police aérienne tandis que le second demande l’acquisition d’au moins 70 avions de combats pour couvrir l’ensemble du spectre de la supériorité aérienne, incluant l’appui aé- rien au sol et la reconnaissance aérienne.

Le réalisme plutôt que l’idéologie
En conclusion, nous avons toutes les cartes en main pour disposer à l’horizon 2030 d’une défense aérienne en cohérence avec notre environnement géostratégique afin de répondre aux menaces effectives auxquelles la Suisse devra faire face. L’Armée suisse est un système global au service de la politique de notre pays ; elle n’est pas un système total au sein duquel l’aviation devrait être à même de faire face de façon autonome à chaque danger réel ou supposé.

Dans le domaine de la défense aérienne, la collaboration avec nos voisins est de mise. Aujourd’hui, nous agissons déjà de concert avec eux pour contrôler l’espace aérien et effectuer les missions de police de l’air. Envisager une stratégie de défense sans tenir compte de la situation de la Suisse au centre du continent européen serait un non-sens. Renoncer à des Forces aériennes crédibles serait tout aussi aberrant. La défense de l’espace aérien doit donc se concevoir dans le cadre de la coopération. Cette coopération nécessite que la Suisse soit à même de fournir sa part du travail non seulement pour les tâches de police mais aussi pour les missions de combat. Nous devons donc disposer d’une flotte aérienne opérationnelle et d’une DSA crédible. Le groupe d’experts mandaté par le Conseiller fédéral Guy Parmelin l’a compris. Gageons que notre actuel ministre de la défense optera pour une meilleure stratégie que celle choisie en 2014. Evitons de notre côté de torpiller le projet par des revendications inconsidérées.

Lt col Christophe Bifrare
Président SFO

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