Entête SFO

Editorial 2018/1

Lt col EMG Christophe Chollet, vice-président SFO

Accroître la durée des exercices de troupes pour entraîner les chefs

En 2017, la brigade d’infanterie 2, le bataillon d’exploration 2 (bat expl 2) et le bataillon d’aide au commandement 2 (bat aide cdmt 2) sont dissouts à cause de la grande réforme du développement de l’armée (DEVA). Cette année s’est donc révélée être l’ultime possibilité de faire un exercice d’envergure impliquant ces trois formations. L’exercice "JAZZ" a eu lieu fin avril entre Berne et Aigle, avec un effort principal dans le canton de Fribourg, entre Farvagny et Châtel-St-Denis.

Le but principal de cet exercice était de vérifier la capacité à durer des éléments exercés durant une action se prolongeant, pour une fois, au-delà des traditionnels deux jours, l’exercice commençant le mercredi matin et se terminant le mardi soir de la semaine suivante, week-end compris. Les autres buts étaient de contrôler la capacité à conduire de l’état-major de brigade (EM br) et les savoir-faire relatifs aux transmissions et infrastructures de conduite pour le bat aide cdmt 2, ainsi que les savoir-faire tactiques concernant la recherche de renseignement et de la guerre de chasse pour le bat expl 2.

Le déroulement de l’exercice comprenait pour les explorateurs trois phases principales : une première phase de recherche de renseignement et de combat débarqué contre des groupes armés dans le secteur de l’Hongrin, une deuxième phase de recherche de renseignement entre le Mont Gibloux et le Mont Pèlerin et une dernière phase de guerre de chasse contre un adversaire conventionnel dans les plaines entre Vaulruz et Semsales. Durant la première phase, la partie co-exercée de l’EM br a conduit l’action depuis un confortable ouvrage protégé situé dans le secteur de Berne, conduite permise par les téléphones DTSK du réseau intégré de télécommunications militaires (RITM). La liaison était permanente, le FIS-HEER à jour en permanence, et la bonne humeur de mise.

La deuxième phase a été déclenchée le samedi après-midi pour les explorateurs, qui ont effectué une bascule des montagnes vaudoises à la plaine fribourgeoise. A part durant le passage de l’Intyamon, hors de la zone de couverture RITM, les liaisons se sont maintenues. Dans le poste de commandement de brigade (PC br), bien que la fatigue commençait à se faire sentir, malgré une roue des services pas si mauvaise que cela, la bonne humeur restait de mise. Le dimanche matin a été l’instant critique car, cette fois, c’est l’EM br qui a été déclenché dans l’échelon de conduite pour prendre une CITADELLE à Sâles, à côté de la salle de gymnastique. Adieu liaisons claires, adieu cartes électroniques bleu et rouge sur le FIS-HEER… Bien marris se retrouvèrent les officiers de la « salle » de conduite limités à la SE-240 pour le temps de déplacement entre Berne et Sâles. Voué aux gémonies, maudit par tous, le FIS-HEER fut bien vite abandonné parce qu’inutile car vide de données, et remplacé par les bonnes vieilles et fidèles cartes de conduite en papier et leurs calques. L’enseignement du bat aide cdmt 2, dans cette phase, est d’avoir les données du FIS répliquées en permanence sur les ordinateurs de l’échelon de conduite, plutôt que de les charger juste avant le départ. Dans la tente de commandement, l’EM br retrouva rapidement la vue d’ensemble grâce aux téléphones DTSK. La roue des services fut adaptée à un mode « campagne » avec des relèves un peu plus longues, afin que le trajet jusqu’au stationnement n’ampute pas trop le temps de sommeil des militaires concernés. Le train-train de la deuxième phase se poursuivit dans la froidure de la tente de commandement. Lorsqu’il fut demandé où était le chauffage, on répondit que la Base logistique de l’armée avait interdit son utilisation à cause des microparticules qu’il dégageait… C’est donc avec des doigts gourds, réchauffés sur la faible flamme des réchauds de secours posés entre les ordinateurs de la salle de conduite que la veille s’est poursuivie.

Dehors, et probablement encore plus soumis au froid que les officiers de l’EM br, les explorateurs poursuivaient, stoïques, leur surveillance de secteur. Appliquant les principes du camouflage et des postes d’observation débarqués, plutôt que ceux des patrouilles mobiles, ils manquèrent une importante série d’évènements, en particuliers les sabotages. Les postes d’observation statiques sont très bien pour observer en permanence une petite portion de terrain, mais quand la surface à observer est grande, il faut devenir mobile et bien planifier l’engagement des chauffeurs pour vérifier tous les objets particuliers susceptibles d’intéresser la partie adverses. Il s’agit là de l’enseignement principal tiré par les explorateurs en ce qui concerne l’analyse du milieu à l’échelon du groupe et de la section.

Enfin, le lundi après-midi, on réembarqua l’état-major dans les véhicules de l’échelon de conduite pour réintégrer le PC br, aménagé à l’arsenal d’Aigle. Durant le mouvement, les liaisons étaient à nouveau difficiles, seule la SE-240 permettant la liaison avec les bataillons subordonnés. La rapidité de transmission des messages d’une SE-240 n’est pas du tout la même qu’avec une SE-235 : il faut dix minutes à l’une, alors que l’autre n’aurait besoin que d’une seule.

Le mardi matin vers 3 heures, la partie adverse non-conventionnelle fut rejointe par un adversaire mécanisé et les chasseurs de chars purent entrer en action… enfin, à partir de la deuxième poussée, puisqu’à la première ils n’étaient pas prêts au tir, probablement à cause de leurs yeux encore ensommeillés.

L’adversaire a donc été usé jusqu’à 6 heures 30 du matin, heure d’interruption de la phase d’attaque, la circulation des pendulaires se rendant au travail augmentant considérablement les risques d’accidents avec les SIM-puchs simulant une poussée à 40 km/h.

Même si cet exercice a laissé un léger sentiment de frustration à cause des explorateurs qui voient peu de choses, des chasseurs qui sont loin de leurs fameux 100% de touchés de l’école de recrues, du FIS-HEER qui crée plus de problèmes que de solutions et, à l’horizon, de la dissolution des trois formations concernées, il a laissé une empreinte positive par l’esprit de corps qu’il a généré chez les participants, et par la liste exhaustive d’enseignements qu’il a produit, principalement tactiques pour le bat expl, et organisationnels pour l’EM br et le bat aide cdmt. C’est en effet dans la durée que les vrais problèmes ressortent. Chaque corps de troupe devrait pouvoir être entraîné, dans un rythme trisannuel, dans un exercice de cinq jours au minimum, afin que les chefs de chaque échelon puissent ressentir les défis, principalement organisationnels et logistiques, créés par la fatigue, l’usure et les pénuries de certaines classes de ravitaillement (pénuries qui n’apparaissent au plus tôt que le quatrième jour d’exercice).