Entête SFO

Développement de l’armée : de la planification à la mise en œuvre !

Lt col Pierre-Alain Scherly, vice-président SFO

 

Chers membres de la SFO,

Mesdames et Messieurs,

Il y a déjà une année en arrière, je vous donnais les défis liés au développement de l’armée (DEVA). Les quatre points essentiels du DEVA sont maintenant bien connus : disponibilité élevée, équipement complet, formation plus efficace des cadres et ancrage régional. Eh bien, nous y sommes. Concrètement, qu'est-ce que cela signifie et quelles sont les activités mises en place ?

Depuis le 1er janvier 2018 :

  • entrée en vigueur de la nouvelle organisation de l’armée ;
  • mise en œuvre du nouveau système de disponibilité, qui prévoit notamment du matériel pour les formations de milice à disponibi­lité élevée (formations MADE, voir le bulletin SFO 2018/1, p. 21-23) prêt à être retiré dans un Centre logistique de l’armée (CLA) ou dans un dépôt régional ;
  • premiers stages pratiques de cadres ayant suivi le nouveau cycle de formation à partir du second semestre 2017.

Les LAAB (magasins de matériel à longue durée) ont été épurés et seul un strict minimum a été attribué principalement aux places d'armes, aux écoles de recrues et aux Grandes Unités. Les EEB (états d’équipement de base, offre de matériel à la troupe en vue des commandes de matériel pour les écoles et les cours) ont été bien adaptés et revus à la baisse tout en respectant les objectifs de l'instruction. Il faut bien l'admettre, des divergences existent entre la planification du matériel dans les EEB et la réalité du terrain auprès des écoles de recrues et des corps de troupe : pas facile de faire coïncider les impératifs d'instruction avec le stock de matériel à disposition.

Des loges pour les formations MADE ont été mise place par les CLA aux alentours des places de mobilisation pour l’entreposage du matériel qui doit être disponible dans un délai rapide après le déclenchement de l’ordre d’engagement. Dès le début de l'année, toutes les troupes MADE sont soumises à un exercice dirigé par la Grande Unité pour contrôler le processus de l'entrée en service sous forme de mobilisation. Il faudra attendre 2021 pour que le nouveau système soit complètement opérationnel. Toutefois, une partie du matériel destiné à ces formations sera utilisée pour l’instruction dans les écoles de cadres et les écoles de recrues. En cas de mobilisation, ce matériel doit retourner dans les CLA comme matériel en état de fonctionner. Il sera alors contrôlé avant d’être réparti entre les différents sites d’entreposage MADE. Ce mouvement de matériel doit être rapide car les formations MADE doivent pouvoir réceptionner leur matériel dans les 24 heures qui suivent la mobilisation. Sous la direction du Commandement des opérations et en collaboration étroite avec le Commandement de l’instruction, la Base logistique de l’armée (BLA) procédera régulièrement à des exercices pour réaliser cette phase importante des opérations dans les délais requis.

La phase de l’action se met en place de manière soutenue et c'est grâce au pragmatisme des cadres que la coordination s'effectue entre les différents partenaires. Néanmoins, nous constatons que des troupes romandes doivent également faire des périodes de services en Suisse orientale, ce qui ne facilite pas les échanges et la compréhension des processus. Il va de soi que la régionalisation n'est pas forcément respectée. Cela signifie qu'au niveau de la conduite logistique ainsi qu'au niveau des CLA, un grand travail de transfert de matériel se réalise afin de respecter les délais de remise de matériel auprès de la troupe.

Le DEVA entraîne de grands changements. De nombreux militaires sont incorporés dans de nouvelles formations et recevront donc de nouveaux insignes. Pour les collaborateurs des CLA qui doivent échanger individuellement les insignes, ce rééquipement implique beaucoup de travail. La BLA prévoit qu’environ 80% des uniformes seront modifiés d’ici 2019. Ce changement impacte tous les partenaires de la logistique : c’est une communication claire et la volonté de sortir de notre confort qui permettront la mise en place de cette nouvelle structure.

Qui dit changement de l'organisation de l'armée dit également élaboration de nouveaux règlements. En l'état actuel, le processus de changement des règlements suit son cours et une grande partie sont déjà disponible sur LMS (Learning Management System : plate-forme d’apprentissage et catalogue des publications de l’armée, ww.lmsvbs.admin.ch). Cela donne la possibilité à chaque cadre de pouvoir se baser sur des nouveaux règlements pour s'adapter à la nouvelle organisation et au nouveau système d'instruction.

Que nous reste-t-il à mettre en place ? De 2018 à 2022, les étapes intermédiaires clairement définies pour chaque domaine sont les suivantes :

 alimentation des effectifs de l’armée en fonction des priorités fixées par le système de disponibilité ;

  • entraînement régulier du processus de mobilisation impliquant toutes les formations à différents échelons ;
  • amélioration progressive de l’équipement personnel des soldats et des unités ;
  • partage d’expériences et correction des défauts constatés.

 Nous avons réussi ce début de mutation vers le DEVA grâce à la pugnacité des collaborateurs, des cadres et des miliaires qui forment l'ensemble de notre Armée suisse.