Société Fribourgeoise des Officiers

 

« La planification est difficile, surtout lorsqu’elle concerne l’avenir » (inconnu)

 

Chers membres de la SFO, Chers camarades,

 

La pandémie de Covid-19 n'est pas encore terminée mais ce n'est qu'une question de temps avant que nous ne soyons confrontés à la prochaine catastrophe. Les catastrophes ont la particularité d'être difficiles à prévoir. Cela est dû en partie au fait que de nombreux évènements catastrophiques sont régis par des lois de puissance. Aucune pandémie ou tremblement de terre ne se ressemble ; il y a peu d'évènements de forte gravité et davantage d’évènements bénins, et il est difficile, voire impossible, d'attribuer une probabilité au moment où survient un évènement de forte gravité.

 

Le monde que nous avons construit est devenu un système de plus en plus complexe au fil du temps – susceptible de toutes sortes de comportements aléatoires, de corrélations non linéaires et de courbes avec différentes sortes de pics. Une catastrophe de type pandémique n'est pas un évènement unique, définissable avec précision. Elle conduit inévitablement à d'autres formes de catastrophes – économiques, sociales et politiques. Cela entraîne des cascades ou des réactions en chaîne de catastrophes. Plus le monde est interconnecté, plus nous en ferons l'expérience.

 

Les catastrophes se présentent sous trop de formes pour que nous puissions y faire face en utilisant les approches habituelles de réduction des risques. À peine le monde occidental avait-il ajusté sa réflexion au danger posé par le djihad salafiste qu'il s'est retrouvé dans une crise financière qui avait pour origine des prêts hypothécaires de pacotille. À peine avions-nous réalisé que les chocs économiques de ce type entraînent des réactions populistes et politiques qu'un nouveau type de coronavirus a provoqué le chaos. Ce qui va suivre, nous ne pouvons pas le savoir.

 

Ces dernières années, nous avons peut-être laissé un risque – le changement climatique – détourner notre attention. En janvier 2020, alors qu'une pandémie mondiale était déjà en cours et que des avions transportant des personnes infectées s'envolaient de Wuhan vers d’autres destinations à travers le monde entier, les débats du Forum économique mondial tournaient presque exclusivement autour des questions de responsabilité environnementale et de justice sociale.

 

Les dangers posés par la hausse des températures mondiales sont réels et potentiellement catastrophiques mais le changement climatique ne peut être le seul danger auquel nous devons nous préparer. Plus les sociétés sont interconnectées, plus le risque de contagion augmente, et pas seulement sur le plan biologique. Une société en réseau a besoin de mesures de protection bien conçues, capables de réduire rapidement la connectivité du réseau en cas de crise sans isoler et paralyser complètement la société.

 

Le Covid-19 n'est pas la dernière catastrophe à laquelle nous serons confrontés au cours de notre vie. Elle n'est que celle qui suit une vague de terrorisme islamiste, une crise financière mondiale et des flux migratoires non régulés. La prochaine fois, il ne s'agira peut-être pas d'une catastrophe imputable au changement climatique car nous avons rarement la catastrophe que nous attendons, mais d'un autre danger qui échappe à la plupart d'entre nous. Des tremblements de terre aux guerres en passant par les catastrophes financières, les effondrements les plus marquants de l'histoire ont suivi une répartition plutôt aléatoire. Ils n'appartiennent pas au domaine du risque mais à celui de l'incertitude.

 

Afin de planifier l'avenir, il est conseillé de regarder en arrière et de tirer des leçons de l'histoire. Il ne s'agit pas de refaire la dernière guerre ou la dernière crise car les réponses d'hier sont rarement les solutions de demain. Mais une réflexion continue permet de créer les bases de décisions qui affectent l'avenir d'une société. Et ça, c'est déjà un début.

 

En tant qu'officiers de l'Armée suisse, prenons cela à cœur et, dans le domaine de la politique de sécurité, créons une base solide pour les décisions futures par une réflexion continue.

 

Vive le Canton de Fribourg ! Vive l’Armée Suisse !

Major EMG Patrick Noger

Président de la Société fribourgeoise des officiers